Point cardinal Abréviation.

••• Nord, sud, est, ouest sont des noms et des adjectifs invariables : les quartiers nord ; le maire de B*** a perdu le nord, la majorité perd le Nord.


Majuscule et minuscule

••• La règle peut se résumer ainsi :

direction  >  minuscule
lieu > majuscule

Cette règle s’applique aux points cardinaux simples (nord, ouest…) ou composés (nord-ouest…), à leurs synonymes (septentrion, noroît, suroît…), aux termes équivalents (occident, orient, couchant, levant, ponant, midi…) ou assimilables (centre…) : le cap Nord, le pôle Nord, le pôle Sud ; la gare de l’Est, la gare du Nord ; le Grand Nord, l’hémisphère nord, l’hémisphère sud.


Abréviation

••• Toutes les abréviations formées par apocope prennent le point abréviatif, les points cardinaux n’échappent pas à la règle : N., S., E., O. Voir : Abréviation, § 3.2.2.
Berthier & Colignon 1979, Bref Larousse 1995, Code typ. 1993, Dumont 1915, Grevisse 1986, Larousse 1997, Ramat 1994, Typogr. romand 1948.
Impr. nat. 1990, Perrousseaux 1995, Typogr. romand 1993.
Les formes abrégées ne s’emploient que dans l’expression des latitudes et des longitudes :
••• .
.
••
Leforestier 1890.
On suggère parfois de remplacer O. (ouest) par W. (West).

Points composés : nord-ouest > N.O. ; nord-sud > N.-S.


À Typographie, le 20 mars 1998.
O. RANDIER : Ben, on écrit bien « S.-E. » (Sud-Est).
Ben non… c’est une exception. On écrit S.E., N.E., S.O…
En revanche, on écrit N.- S., E.-O. ou N.N.O. -S.S.E… Le trait d’union, c’est un peu l’axe de la boussole...

À Langue-Fr., le 15 juillet 1999.
B. CHOMBART : 0°19'34"o - 49°9'20"n.
Cher ami, pardonnez mon absence de longanimité typographique... mais je vous trouve un rien latitudinaire : .


Point d’exclamation Ponctuation.

« Comment ? Qu’est-ce que tu dis ? Qu’un seul point
d’exclamation est insuffisant, compte tenu de la gravité
de la chose ? Tu as raison. Tiens, en voilà d’autres,
rajoute ce que tu jugeras utile : ! ! ! !!!!!!!!!!!!!!! »
S
AN-ANTONIO, Al Capote.

•• L’interjection est exclamative. L’onomatopée, pas toujours : « Là-dessus, vroutt, il se jette sur une place libre et s’y assoit, boum. » – Raymond QUENEAU, Exercices de style.
Ce « boum » résonne magnifiquement. L’exclamation en ferait un médiocre pétard.
•• L’interjection elle-même peut renoncer à l’exclamation ostentatoire : « Qui est là ? Ah très bien : faites entrer l’infini. » – Louis ARAGON, Une vague de rêves.
•• Mis entre crochets et inséré dans une citation [!], le point d’exclamation traduit le sentiment engendré chez le commentateur par une phrase ou par un mot : perplexité, étonnement, agacement, mépris (éventuellement associé à un sourire ou à une franche hilarité), consternation… On n’abusera pas de ce procédé facile, sournois et déloyal. Si l’on considère qu’un mot ou une phrase dus à un tiers sont indiscutablement condamnables à un titre ou à un autre, on leur attribuera un [sic], beaucoup plus explicite. Si la citation ne suscite que de la perplexité, on se contentera d’un point d’interrogation entre crochets [?], beaucoup moins équivoque que le point d’exclamation.
•• Certains auteurs transforment le point d’exclamation entre crochets (ou entre parenthèses) en point d’ironie destiné à souligner la finesse d’un de leurs traits d’esprit ou à sauver un pauvre jeu de mots par l’artifice d’une habile dénonciation.
Comparable à la suspension ironique (voir : Points de suspension § 1.1), le procédé n’est guère recommandable : « Toujours est-il que l’invention et la démocratisation de notre numération de position ont eu sur les sociétés humaines des conséquences incalculables [!], car elles ont facilité l’explosion de la science, des mathématiques et des techniques. » – Georges I
FRAH, Histoire universelle des chiffres.


Point d’interrogation Ponctuation.

Le point d’interrogation marque l’interrogation directe.
Ramat 1994.
Dans une phrase interrogative suivie de « dit-il » (ou d’une formule équivalente), le point d’interrogation se place avant l’incise et ne doit pas être suivi d’une virgule : « Où est l’os ? s’enquit le cadavre de Mor Lame. » – Birago D
IOP, les Nouveaux Contes d’Amadou Koumba.

« Pourquoi a-t-elle mis les adjas quand j’ai neutralisé son garde du corps (ou son geôlier 1 ?) ?
« (1) Je demande à mes potes de l’imprimerie de respecter ma ponctuation. Je sais que deux points d’interrogation successifs font bizarre, néanmoins ils sont justifiés puisque l’un concerne la phrase dans son ensemble et l’autre exclusivement la parenthèse. À part ça, ça va, les gars ? » – S
AN-ANTONIO, le Silence des homards.



Faut-il toujours une capitale
après un point d’interrogation ?

À F.L.L.F., du 5 au 10 décembre 2001.
D. PELLETON : D’après Colignon, je cite : « Derrière un point d’interrogation, on mettra une minuscule si les termes suivant ce point constituent une réponse à la question formulée auparavant par la même personne. »
Tu veux tout savoir ? Je ne suis pas colignonien. Du tout… ou plutôt, un point c’est tout… Sa formule est une généralité. Dans certains cas, elle est valide. Dans d’autres, non. Dans la plupart, le choix est offert… Nous voilà bien avancés.
D. PELLETON : Exemple : « Veux-tu savoir si je suis [hugolien] ? oui, je crois l’être. »
Irréprochable, très chic, mais une majuscule ne serait pas fautive pour autant… Maintenant, essaie un peu d’éliminer celle-ci : « Veux-tu savoir de qui mon cœur a le plus souffert ? Des brunes. » (Comprendre, évidemment : des Gauloises ou des Gitanes, selon les jours.)
D. PELLETON : Un seul locuteur [pose la question et y répond]…
Oui, c’est certain, mais il faut que la notion de « locuteur » soit bien comprise par celui qui se chope la formule magistrale dans les naseaux… Quant à la « réponse formulée par la même personne » proposée par Colignon, elle est beaucoup plus perplexifiante…
Concoctons un exemple qui pourrait rendre songeuse une jeune âme encore peu habituée à débusquer les locuteurs et surtout les « autres personnes » : « […] l’autre crevure s’y met, toujours la même rengaine, t’as pas cent balles ? non, j’ai pas cent balles, j’en ai cinq cents, et je t’emmerde, connard, pas content qu’il était le vioque à moitié moisi, ça m’a fait rigoler […], non je ne veux pas Non. »
Tu me diras que c’est un monologue (donc un seul « locuteur », mais certainement pas « la même personne »…), c’est vrai, élégant et classieux qui plus est, mais c’était juste pour faire observer que les auteurs de manuels devraient être prudents dans la formulation de leurs conseils et surtout de leurs « règles ». Drillon l’est, car il sait de quoi il parle (sauf sur de légers détails typographiques), il sait ce qu’écrire veut dire.
L’auteur d’Un point c’est tout ! (tout un programme) et quantité d’autres directeurs des ressources ponctuatives ne jouent ni sur la même scène ni dans la même catégorie.
D. PELLETON : Si l’on veut donner une impression de vivacité, autant se passer de majuscule.
Oui, éventuellement, dans certains cas.


Points de suspension Ponctuation.

« On entend dire : “Bon. Très bien. Il met
trois points, trois points…” Vous savez,
trois points, les impressionnistes ont fait
trois points. Vous avez Seurat, il mettait
des trois points partout ; il trouvait que
ça aérait, ça faisait voltiger sa peinture.
Il avait raison, cet homme. »
Louis-Ferdinand C
ÉLINE,
Louis-Ferdinand Céline vous parle.

1. ••• Rôle

Les points de suspension sont un signe de ponctuation qui se compose toujours de trois points et qui joue trois rôles différents.

1.1. Suspension, interruption, réticence, aposiopèse (voir ce mot), décence…
Comme leur nom l’indique, les points de suspension expriment que quelque chose est ou s’est interrompu avant son achèvement normal. « Quelque chose », c’est-à-dire tout et n’importe quoi, la forme ou le fond, selon les circonstances… : mot, phrase, construction grammaticale quelconque, cours orthodoxe de la syntaxe, énumération, citation…, mais aussi discours, pensée, sentiment, travail de la mémoire, voix, détermination, certitude, force physique…
Exemples. — Toutes ces bêtises… ces sornettes…, j’en ai ma claque… ; c’est indécent, j’hésite à pours… ; le jeune F… est un vrai f… (voir : Abréviation) ; une seule règle, mon cher : « Patience et longueur de temps… »
« Je devrais sur l’autel où ta main sacrifie
Te… Mais du prix qu’on m’offre il faut me contenter. »
Jean RACINE, Athalie, acte V, scène V.

La pause s’accompagne souvent d’une pose ; le lecteur est informé d’un fait qui aurait pu lui échapper : l’auteur n’en dit pas plus… mais il n’en pense pas moins ; ou il fait observer aux distraits que la proposition ou le mot précédents (ou suivants…) donnent dans la subtilité, l’humour. Les points de suspension se transforment alors en pénibles petits points d’ironie : Hugo est un poète… misérable.

1.2. Reprise.
Phrase qui se poursuit > alinéa, minuscule initiale (même si une ou des phrases « complètes » sont intercalées) :
Je suis malade…
Il ouvre son armoire à pharmacie.
… mais je me soigne.

Nouvelle phrase > alinéa, majuscule initiale :
Le tunnel était long.
… Mais on a fini par en voir le bout.
Parfois, seule la reprise est indiquée (la pause peut intervenir entre deux phrases, deux alinéas, deux chapitres…). L’« avant » suspendu peut n’avoir jamais été exprimé : titre, premier mot d’une œuvre, d’un poème… Nombreux exemples chez Saint-John Perse : « … Ô ! j’ai lieu de louer ! », Éloges.

André Chervel a intitulé un de ses ouvrages : … et il fallut apprendre à écrire à tous les petits français. C’est un très joli titre, et les points de suspension initiaux y sont pour quelque chose. La minuscule initiale du premier mot est admissible, elle est même subtile. (En revanche, celle qui affuble « français » est une faute grave, singulièrement dans le titre d’un procès en règle de la grammaire scolaire…)

Remarque. — Tous les points de suspension placés en tête de phrase ou d’alinéa n’indiquent pas nécessairement une reprise ; ils peuvent conserver leur valeur suspensive ou de réticence :
« — Le barrage était à la hauteur du parc ? répéta Vargas.
— Oui…
— Mais il y avait des camions en avant, vers vous ?
— … Oui. » – André MALRAUX, l’Espoir.
Belle ponctuation… Le premier « oui » est lancé sans attendre mais demeure en suspens…, le locuteur hésite à fournir une réponse plus explicite ; le second n’est émis qu’après une hésitation plus ou moins longue… mais la réponse est définitive, le locuteur n’a pas l’intention d’en dire plus dans l’immédiat. Attention à l’espace, obligatoire, qui sépare les points de suspension et le second « … Oui. »

1.3. Comblement.
Certaines suspensions ne méritent pas leur nom : ce sont d’authentiques suppressions, voire des trous… Les points de suspension ne suspendent rien mais, providentiels, ils se chargent du remplacement ou du comblement :
— Vous en pensez quoi ?
— …
Certains trous n’ont pas à être comblés : ils se traduisent par un blanc d’une longueur au moins égale à celle d’un mot de plusieurs lettres. Ce procédé ne devrait être employé qu’avec prudence. Dans les textes médiocres ou plats, il a des chances d’être ridicule. Ailleurs… il est d’une force exceptionnelle, parfois terrifiante.
Dans l’exemple qui suit, on imagine mal des points de suspension : « Tous les termes que je choisis pour penser sont pour moi des
au sens propre du mot, de véritables terminaisons, des aboutissants de mes mentales, de tous les états que j’ai fait subir à ma pensée. » – Antonin ARTAUD, le Pèse-Nerfs.


2. ••• Cohabitation

2.1. En fin de mot ou de phrase, dans les interruptions, dans les abréviations euphémiques ou de discrétion, les points de suspension sont collés à la dernière lettre (ou à un éventuel signe de ponctuation placé avant eux) et sont suivis d’une espace forte : « Bon… Ça va… je ne suis pas c… J’ai compris !… »

2.2. En début d’alinéa (reprise), les points de suspension sont suivis d’une espace forte : « … Enfin, il me semble que j’ai compris. »
Au sein d’un alinéa, avant un mot ou une phrase (reprise), ou lorsqu’ils remplacent totalement un mot ou un groupe de mots, ils sont précédés et suivis d’une espace forte : « Je ne suis pas aussi … que vous l’imaginez. »
Lorsqu’ils remplacent le début ou la fin d’un mot, les points de suspension doivent être collés au(x) fragment(s) lisible(s). Lorsqu’ils remplacent des lettres médianes, l’orthodoxie typographique voudrait qu’ils soient suivis d’une espace ; il me semble cependant que l’entorse est non seulement admissible mais judicieuse : « Ses dernières paroles, dont le sens m’échappe, furent “Au …cours, un rhi…céros piétine ma bicycl…” »
Dans les vraies suspensions de l’élocution, il convient de respecter la règle… Dans les suspensions-étirements, il convient de la bafouer… : « Lisette est sa…age, / Reste au villa…age… » – Alphonse D
AUDET, « Les Douaniers », Lettres de mon moulin. {Sa… age} et surtout {villa… age…} sonneraient très différemment…
« Ou…i, souffla-t-elle. » – Auguste L
E BRETON, Razzia sur la chnouf. À l’évidence, la graphie adoptée par Le Breton (ou par le typographe…) nous fait entendre un « oui » hésitant (ou-oui) et non un ou-hi dépourvu de sens (syllabe décomposée et, pour les amateurs : synérèse > diérèse).

2.3. Tolérants, les points de suspension acceptent de coopérer avec presque tous les autres signes de ponctuation… mais pas à n’importe quelle condition.

Point.
Quatre points, c’est trop… L’un des points de suspension n’« élimine » pas le point (final ou abréviatif), il se confond avec lui. Deux petits astres noirs se rencontrent sous nos yeux : éclipse totale de l’un d’eux : Grève à la R.A.T.P…
Remarque byzantine… Dans l’exemple précédent, où se cache le point final ? Sans la suspension, il se confondrait avec le dernier point abréviatif… mais elle l’a contraint à se déplacer (après un point final, il n’y a plus rien à suspendre). On peut considérer qu’il y a deux superpositions : le premier point de la suspension se confond avec le point abréviatif, le dernier avec le point final… Un seul point est uniquement suspensif : celui du milieu…
Code typ. 1993, Girodet 1988.
Drillon 1991, sans toutefois le préconiser, semble admettre que le point abréviatif puisse subsister, séparé des points de suspension par une espace. Cette double ponctuation est fautive, pis, elle est nuisible. Exemple : « Demain, grève à la R.A.T.P. … Ça promet. » À quelle phrase appartiennent les points de suspension ? À la seconde… ce qui n’a aucun sens.

Virgule.
Elle se place nécessairement après les points de suspension : c’est normal, logique, compréhensible…, c’est même indiscutable… Aujourd’hui… car naguère on préconisait parfois l’inverse : [« Non,… non,… assez ! »]
Code typ. 1993, Drillon 1991, Girodet 1988.
Règles Hachette 1924.
¶ Pas d’espace entre les points de suspension et la virgule.

Point-virgule.
Si sa rencontre avec les points de suspension est acceptée, le point-virgule se place, comme la virgule, en deuxième position… ; c’est normal, logique, compréhensible… ; mais ce n’est pas indiscutable…
Code typ. 1993, Girodet 1988 admettent la cohabitation.
± Drillon 1991 considère que les points de suspension et le point-virgule sont incompatibles. Sa formulation est excessive… mais il n’a pas tout à fait tort. L’association n’est pas interdite : hideuse et le plus souvent superflue, elle n’est guère recommandable. On la trouve pourtant — irrécusable — chez d’admirables prosateurs : « Ce temps est révolu où l’homme se pensait en termes d’aurore ; reposant sur une matière anémiée, le voilà ouvert à son véritable devoir, au devoir d’étudier sa perte, et d’y courir… ; le voilà au seuil d’une ère nouvelle : celle de la Pitié de soi. » – Émile Michel C
IORAN, Précis de décomposition.
¶ Espace insécable entre les points de suspension et le point-virgule.

Points d’exclamation et d’interrogation.
Selon le sens, ces deux signes se placent avant ou après les points de suspension. Il suffit de déterminer qui intervient en premier lieu. Logique !… Non… ?
Amen 1932, Lefevre 1855.
Suspension après l’interrogation ou l’exclamation : êtes-vous libre ?… Quel culot !…
Suspension avant l’interrogation ou l’exclamation : êtes-vous disposé à… ? Quel s… ! Que préférez-vous ? Les pommes, les poires, les abricots… > J’aime les pêches, les bananes, les fraises, les framboises… ! « Sur la mer, à la lunette, je vois et je salue au large le vague numéro… ? » – Paul V
ALÉRY, Mélange.
La suspension antérieure à l’exclamation (… !) est, cela se conçoit, assez rare. Admissible après la suspension d’une énumération, elle n’est vraiment crédible qu’après les abréviations euphémiques ou de discrétion.
Dans la plupart des cas, la double ponctuation est superflue. Elle n’est pas fautive, elle est souvent ridicule : cet article l’illustre complaisamment !… Alors que la très utile suspension-interrogation (… ?) est peu employée, l’exclamation-suspension (!…) et l’interrogation-suspension (?…) sont aujourd’hui en plein essor !… Paf ! Je t’assène un argument décisif !… et je te laisse le temps de le savourer !… Je te pose une question ?… J’en souligne la subtilité… Malin, non ?… C’est surtout agaçant.
Et puis, comme toujours, cela fait perdre toute force aux occurrences justifiées. L’admirable et savante ponctuation de Céline a bon dos : ceux qui ponctuent comme Louis-Ferdinand ont sûrement des enfants qui dessinent comme Pablo.
¶ Espace. Les points d’exclamation et d’interrogation sont, en principe, précédés d’une espace insécable. Donc :
— espace insécable entre les deux ponctuations si les points de suspension sont en tête : d’accord… ?
— pas d’espace entre les deux ponctuations si les points de suspension sont en seconde position : d’accord !…

Deux-points, guillemets, voir : Citation, Deux-points, Dialogue, Guillemet.
«Le choix est simple…: Se soumettre ou…» Il ne put en dire plus. L’autre suggéra: «se démettre?»
¶ Dans l’exemple précédent, les espaces insécables sont signalées par le signe : .

Tiret, voir : Dialogue, Tiret.

Parenthèses, crochets.
Emploi, voir : Citation, Crochet, Parenthèse.
¶ Points de suspension collés aux parenthèses ou aux crochets qui les renferment : (…), […].
Points de suspension collés à la parenthèse ou au crochet qui les précède : chevals (sic)…, chevals [sic]…
Espace entre les points de suspension et la parenthèse ou le crochet qui les suit : chevals… (sic), chevals… [sic].

Barre oblique.
Dans la correspondance, des points de suspension placés en bas à droite de la page signalent aux esprits peu curieux qu’il n’y a justement pas de suspension prématurée de la missive et que le texte se poursuit sur la page ou la feuille suivante. Mission difficile : pour la remplir, les points de suspension jouent parfois en double, c’est-à-dire à six, aidés et séparés par une barre oblique :
/… Abréviation équivalente : T. S. V. P.
¶ Points de suspension collés de chaque côté de la barre oblique.


3. Etc

Jamais de points de suspension après etc., qui est déjà suspensif. (Exceptions admissibles, voir : Etc., § 5.)


4.

¶ Aucun adepte sérieux du traitement de texte ou de la publication assistée par ordinateur ne devrait « entrer » trois points successifs : les points de suspension sont un signe de ponctuation ; son caractère peut être obtenu sur les claviers de tous les bons ordinateurs au moyen d’une combinaison de touches.
D’abord parce qu’il y a un risque d’en entrer quatre (ou plus) mais surtout parce que les blancs qui séparent les points sont trop étroits et donc typographiquement fautifs. La différence est évidemment surtout perceptible dans les grands corps.

Points de suspension :  .
Trois points :  .


5.
Suspensions longues, comblements divers…

À cause de l’analogie de sens et de forme, on imagine parfois que les lignes de points sont constituées de points de suspension. C’est inexact : dans une « ligne pointée », le nombre de points n’est pas nécessairement un multiple de trois ; une espace forte sépare chaque point :
. . . . . . . . . . . . .
(faute de quoi, on obtient, à la rigueur, une ligne à découper selon le pointillé […………………]).

Suspension longue :
À huit ans, il partit pour les Amériques.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
À son retour, il était marié.

Comblement.

Crayons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 F
Gommes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  586 F
Papier bl.  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 F

Attention à l’espace forte entre le dernier signe des mots situés à gauche et le premier point de la ligne (elle permet de discerner d’éventuels points abréviatifs, qui sont collés à la dernière lettre).


Pôle Point cardinal.

« C’est à Eagle Island que tous les plans
des expéditions vers le pôle Nord furent
dressés, et que la femme, la fille et le fils
de l’explorateur [Peary] guettent les messages
tant espérés de la conquête du Pôle. »
Jean M
ALAURIE, Ultima Thulé.

••• Le mot pôle ne prend namais de majuscule initiale, sauf s’il est employé absolument pour désigner l’un des deux pôles géographiques : le Pôle, les pôles, le pôle Nord, le pôle arctique, le pôle boréal, le pôle Sud, le pôle antarctique, le pôle austral, le pôle sud d’une aiguille aimantée, le pôle magnétique.
Girodet 1988, Robert 1993.
Attention à l’accent circonflexe, qui disparaît dans tous les dérivés de pôle : polaire, polariser, polarisation, etc. : l’étoile Polaire, la Polaire, la baie de l’Étoile-Polaire.


Police Casse.

Étymologiquement, le terme n’a rien de commun avec son homonyme : pour les fondeurs et les typographes comme pour les assureurs, une police est un document écrit. Fournie par le fondeur, une police « typographique » est la liste chiffrée (indication des quantités respectives) de tous les caractères mobiles d’une fonte, dans une graisse et un corps donnés. Par extension, police désigne l’assortiment lui-même, la fonte.
Les photocomposeuses puis l’informatisation de la composition ont rendu cette définition caduque.
Larousse 1999, Lexis 1989, Littré 1872, Robert 1993 (du grec apodeixis, preuve).
Robert 1985 [du grec politeia, de polis, cité].
Exemple. — Une police type de 100 000 caractères destinée à la composition de textes français comptait environ 3 000 chiffres, 4 000 petites capitales, 7 500 signes de ponctuation, 9 000 capitales, 76 500 caractères de bas de casse (dont 4 000 accentués).


I. Fonte, police et « type »

À Typographie, du 2 au 12 octobre 1997.
J.-F. PORCHEZ : Le mot police vient de l’italien policia (mot que l’on retrouve dans police d’assurance) et je crois que notre police municipale ou nationale doit aussi son nom aux rapports que les gendarmes faisaient. Je ne sais pas si c’est parce que le sens premier de police désigne les gardiens de la paix, mais je n’aime pas ce terme. Il est dépassé depuis la fin du plomb.
D’accord… mais ce n’est pas le même terme… À l’arrivée, c’est pareil, mais à l’origine ça n’a rien à voir. Vous me direz que le Petit Robert lui-même s’est planté dans ses premières éditions… Nos polices, ainsi que celles des assureurs, viennent d’apodeixis (quittance, reçu), alors que celle de Maigret vient tout simplement de polis (cité) comme le métropolitain ou la politique. À part ça, si l’on tient à une bonne adéquation de la réalité actuelle et du sens hérité, « fonte » me semble encore plus dépassé que « police »…
D’abord, mais c’est pourtant secondaire, parce qu’on ne fond plus rien. Ce qui me retient davantage, c’est ceci : au temps du plomb, les polices ont déjà un caractère (si j’ose dire…) virtuel. Elles sont chiffrées. Elles correspondent à une réalité matérielle mais elles ne la désignent pas (ce dont se charge le terme de « fonte »). Elles ne coïncident pas avec la capacité des casses (celles-ci ne contiennent qu’une petite partie des fontes commandées au fondeur). Les fontes en revanche « désignent » une réalité matérielle intimement liée au plomb : la preuve, on les commandait au poids…
Nos polices demeurent des listes, non chiffrées certes, mais rien n’interdit d’imaginer le signe (infini) devant (ou derrière…) chaque élément… Des listes qui s’allongent même terriblement (voir Unicode)…
Certes il y a une différence considérable entre une police de fondeur (une par corps, par graisse, etc.) et nos polices (toutes les variations imaginables), surtout celles qui s’annoncent… car toutes les listes seront identiques… Je ne vais pas plus loin, car je crains de retomber dans le débat sur les caractères et les glyphes… Je n’aime pas trop « typos », car il introduit une ambiguïté inutile, voire dangereuse. Si on me dit : « Tiens ! voilà une typo originale ! », que dois-je comprendre ? Qu’on loue le choix de cette garalde destroy ou l’audace de la composition ? Je préfère, selon le sens, m’en tenir à police… c’est plus sûr (sécuritaire ?), à famille, à caractère.
Vous créez des caractères, il est donc parfaitement légitime que vous teniez à nommer une des réalités physiques issues de votre travail (versions numériques). En ce sens, « fonte » est évidemment irrécusable, mais je reste persuadé que ce terme ne peut être compris avec précision que dans un cadre restreint, celui des professionnels ou des amateurs très éclairés : il appartient donc au jargon. Pour l’« utilisateur », ce qui compte vraiment, ce n’est ni la fonte ni la police, c’est ce qu’il voit, c’est le caractère. Et c’est d’ailleurs cela que les typographes s’amusent à répartir dans des classifications de plus en plus étranges…
P. JALLON : Si quelqu’un a les définitions du Grand Larousse du XIXe siècle, cela m’intéresserait beaucoup.
Sur le sujet, je crois que les typographes sont de meilleures adresses que les lexicographes… Voici néanmoins les réponses de Pierre Larousse (Dictionnaire universel du
XIXe siècle). Des extraits seulement (sans les exemples, les citations et les développements encyclopédiques…), car, sur police, c’est le plus complet (il a lu Henri Fournier et le reconnaît volontiers)…
« Fonte. Ensemble de toutes les lettres et de tous les signes qui composent un caractère complet de grosseur déterminée […]. »
« Police. Liste de toutes les lettres qui composent un caractère, avec l’indication de leur proportion respective pour un total déterminé […]. Ensemble des caractères portés sur cet état. […] Encycl. Quand un maître imprimeur veut acquérir une fonte, son premier soin doit être de dresser la police du caractère dont il a besoin, c’est-à-dire la liste de toutes les lettres qui composent la casse, avec l’indication de la quantité respective de chaque sorte de lettres pour un poids général déterminé. D’ordinaire, c’est le fondeur qui établit la police ; mais le maître imprimeur peut la modifier suivant les besoins particuliers en vue desquels il commande la fonte. »
« Type. Caractères d’imprimerie […]. »
Tout le monde est d’accord sur la définition de « caractère ». Les ennuis commencent avec le couple « fonte/police ». Je voudrais m’expliquer sur l’opinion que j’ai déjà émise, à savoir que « police » est préférable et que la distinction entre les deux termes ne peut être retenue et comprise que dans un cadre restreint, celui des typographes et des professionnels de l’écrit s’intéressant particulièrement à la typographie.
Le problème est que la technique n’est pas la seule à avoir changé (piètre mot pour traduire les bouleversements engendrés par l’informatique), il y a également le nombre et la qualité de ceux qui la mettent en œuvre. Jadis, seuls les typographes (au sens large) maniaient les fontes. Aujourd’hui, je ne vous apprends rien, secrétaires, journalistes, écrivains, comptables, médecins, boutiquiers, agriculteurs, etc. jonglent avec les polices. Demain, tout le monde le fera.
Or, que voient-ils sur leurs menus francisés ? Polices. Que voient-ils comme type (tsss…) de fichier dans leurs fenêtres ? Police. Que voient-ils sur leurs menus non traduits ? Fonts. Faut-il s’étonner si « police » est employée pour tout désigner et si « fonte » est considérée comme un simple synonyme (certains vont même jusqu’à considérer ce vieux mot français comme un anglicisme…) ? Il me semble illusoire de vouloir faire admettre aux utilisateurs que sous le menu Polices se cachent des polices et des fontes, qu’un fichier désigné comme « police » par le système d’exploitation est en réalité un fichier de fonte…
Je crois qu’il faut tenir compte de l’usage contemporain, même s’il est imprécis. Il ne l’est pas tant que ça d’ailleurs, il est surtout indistinct, et l’emploi plus fréquent de « caractère » permettrait de le clarifier. Je me répète… mais, par exemple, on ne « choisit » pas une police (ou une fonte) pour composer tel ou tel texte, on l’« utilise » (ou on l’achète, on la vole, etc.). Ce que l’on choisit pour ses qualités supposées, c’est un caractère. Pour le reste, pour la mécanique, pour les machins qui se trouvent sous le capot et dans lesquels rares sont ceux qui mettent le nez (les machins que l’on utilise, que l’on achète ou qu’on pique), parlons de polices, comme presque tout le monde.
Je crois aussi qu’il ne faut pas opérer de distinction entre fonte et police qui risque d’être rapidement mise en cause par l’évolution des techniques (on l’a vu à plusieurs reprises depuis quinze ans et même depuis plus d’un siècle, et on en verra d’autres…).
En revanche, il me semble tout à fait légitime et judicieux que les typographes opèrent les distinctions qu’ils souhaitent (sous le capot…). C’est pourquoi j’ai trouvé très intéressante la définition de fonte proposée par Jean-François Porchez. C’est pourquoi aussi j’ai considéré que l’on entrait ici dans le jargon, ce qui n’a rien de péjoratif, disons dans le lexique professionnel. Bref, je ne crois pas que le couple police/fonte, même défini avec précision par les typographes, puisse s’imposer largement dans l’usage courant. C’est pourquoi je privilégie pour l’heure la seule opposition caractère/police, réservant l’opposition fonte/police pour des jours meilleurs où une distinction pérenne sera établie par les typographes (notre discussion peut y contribuer, je le crois).
Sur l’héritage du plomb… Nous lui sommes tous attachés, à juste titre. C’est un patrimoine sur lequel nous allons vivre encore très longtemps, quoi qu’en disent ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur écran. Il est bon que les mots survivent dans des acceptions nouvelles, parfois proches, parfois très éloignées des anciennes. Le bas de casse vit très bien sans les casses, et si un néophyte demande une explication sur l’origine de ce terme il la comprend très bien. Pourquoi ? Parce que l’opposition capitale/bas de casse existe toujours. Avec police et fonte le problème est que le lien qui unissait ces deux termes n’existe plus depuis longtemps. On parle du plomb… mais il faudrait parler de composition manuelle, car dès le
XIXe siècle la Linotype et la Monotype avaient déjà bouleversé le paysage… Dans un message précédent, j’ai indiqué pourquoi, même sur ce plan (continuité du sens), « police » (liste) me semble bien préférable à « fonte » (réalité matérielle). Continuité approximative du sens : s’il est bon de conserver les mots, il est prudent de ne pas vouloir calquer les anciens liens qui les unissaient, du moins si l’on veut être compris du plus grand nombre.

À France-Langue, le 8 octobre 1997.
D. COTE-COLISSON : En toute rigueur, une « police de caractères » (typeface) est constituée de l’ensemble des caractères disponibles (lettres, chiffres, signes de ponctuation et caractères spéciaux) dans un style, un corps et une graisse déterminés.
Pardonnez-moi, mais je ne suis pas tout à fait d’accord… Les définitions étaient jadis précises (et à mon sens différentes de celles que vous donnez), mais cette question lexicale (police, fonte) est loin de faire l’unanimité chez les typographes d’aujourd’hui, et c’est normal, car il n’y a pas que l’héritage du plomb qui brouille les choses, il y a l’évolution très rapide des techniques informatiques. Par exemple, le lien entre corps et police n’est plus ce qu’il était.
Juste un mot sur le sujet. Hors du cadre professionnel, la distinction entre police et fonte est sans grande importance. Ce qui compte vraiment, c’est ce que l’on voit sur le papier (ou sur l’écran), ce n’est donc ni la police ni la fonte, c’est le caractère. C’était déjà vrai au temps du plomb.

À F.L.L.F., le 11 décembre 2000.
D. LIÉGEOIS : [L’étymologie de fonte] est, à mon sens, encore moins que secondaire. On décroche même quand il n’y a rien d’accroché, on carrosse même quand il n’y a pas de carrosse, l’imprimante dépose sans doute bien plus qu’elle ne presse et le papier ne pousse plus au bord du Nil.
Bien entendu […]. À l’époque, il me semble que je répondais à une critique de « police » selon laquelle le terme serait dépassé, ne correspondrait plus aux réalités techniques actuelles. Sur ce strict plan, les fontes sont à mon sens encore plus mal loties… mais cela n’est en rien un handicap rédhibitoire.
D. LIÉGEOIS : Soit, mais « police » est-il compris avec davantage de précision ?
Non, mais son emploi est davantage répandu. […]
D. LIÉGEOIS : Dans l’état actuel de la technique, en tout cas, chacun de ces fichiers est une fonte plutôt qu’une police.
Oui, si vous voulez. C’est une conception défendue par d’éminents typographes. Votre « dans l’état actuel de la technique » est capital et recoupe mon souci précédemment exprimé : évitons d’opérer une distinction entre fonte et police qui risque d’être rapidement mise en cause par l’évolution des techniques.
Lorsque l’on dit que les fichiers Postscript sont les fontes d’une police donnée, on ne fait que déplacer la synonymie vers le couple police/caractère… ce qui n’arrange pas les affaires du dernier nommé qui supporte déjà un fardeau polysémique pas piqué des vers…
D. LIÉGEOIS : Installera-t-on seulement jamais réellement une police, au sens vrai du terme, sur un ordinateur, puisque, si je comprends bien, la police est plutôt quelque chose d’abstrait ?
Ce que l’on installe s’apparente à une liste (police…) de codes renvoyant à des glyphes (fonte…). C’est la seule distinction qui tienne la route, une petite route, un chemin vicinal dans un cadre restreint, celui d’un jargon daté.
Bref, par analogie facile, les machins que l’on installe dans nos machines sont à la fois des polices et des fontes. Faut choisir un terme pour les désigner en tant qu’objets, et il me semble que l’usage s’en est chargé… S’il change son fusil d’épaule et favorise un jour « fonte », je ne verrai aucun inconvénient à le suivre… Je crois que la reprise de mon vieux message a été mal comprise. Je ne choisis pas arbitrairement « police » contre « fonte », je réfute des distinctions floues quoique brutales, personnelles, trompeuses.
D. LIÉGEOIS : À supposer — c’est sans doute déjà possible — qu’un programme soit capable de générer la totalité des caractères existants dans toutes les langues du monde à partir du dessin d’un seul « a », à toutes les tailles et sous toutes les formes imaginables, le résultat sera-t-il plutôt une police qu’une fonte pour autant ? Ou s’il est une police, cessera-t-il pour autant d’être une fonte (ce n’est pas une question oratoire ; j’essaye de voir si j’ai bien compris) ?
Il sera les deux à la fois…
D. LIÉGEOIS : Pour le reste, je ne suis pas certain que faire œuvre pédagogique soit si inutile que cela. Le coup de pouce involontaire de l’anglais a réellement des effets concrets : le bon, c’est que le mot est beaucoup plus connu qu’on ne pourrait le croire.
Sans doute… mais regardez, par exemple, les versions françaises d’Adobe Type Manager… S’il est un logiciel qui gère les machins situés sous les capots des professionnels comme des amateurs, c’est bien lui. Pas trace de « fontes », mais des « polices » à tour de bras. Bon courage à ceux qui voudront expliquer à ses utilisateurs qu’il ne gère pas des polices mais des fontes…
Et Adobe Type Reunion ? Encore plus frappant… car, lui, il est chargé de regrouper les « fontes » en « polices » (selon l’une des écoles en présence)… Eh bien ! toujours pas trace de la moindre fonte… Rien que des polices.
D. LIÉGEOIS : Le mauvais, c’est qu’à force de lire « police », les gens sont souvent convaincus que « fonte » est un mot anglais et l’écrivent même comme en anglais.
C’est évidemment une erreur grossière… « Fonte » est un très ancien et très beau mot français, un des fleurons de notre patrimoine lexicotypographique… Je l’aime, et si mon goût personnel avait quelque chose à voir dans l’affaire, je l’emploierais plus volontiers que « police ». Hélas, lorsque j’emploie un mot c’est le plus souvent à destination d’autrui… Or, pour l’heure, ce salaud d’autrui comprend mieux « police ». Dès qu’il sera mieux informé, je vous rejoindrai… mais j’ai des doutes, des gros…
D. LIÉGEOIS : L’autre option consiste, si je comprends bien, à s’offrir le luxe de s’exprimer comme les professionnels.
Lesquels ? et pour désigner quoi ? Lancez le débat sur un forum de paoïstes… et attachez votre ceinture, ça risque de décoiffer… Des vents irrésolus souffleront en tous sens.
D. LIÉGEOIS : En tout cas, l’étymologie de « fonte » me paraît bien plus simple, bien plus directement à la portée de tous, que celle de « police ».
Oui, incontestablement, mais je ne crois pas que l’argument ait une force suffisante pour modifier un usage bien installé. Plus efficace, si elle est durable, sera peut-être la pratique de certains créateurs de caractères (électroniques) qui nomment leur entreprise « fonderie »…
D. LIÉGEOIS : Je suis toutefois d’avis — là, c’est un principe — que la tactique qui consiste à adopter vis-à-vis du grand public une terminologie différente de celle des spécialistes (réputée trop difficile, à l’un ou l’autre titre) est mauvaise, même si elle part de bons sentiments.
Ce n’est pas ma tactique (je n’en ai pas)… Si un nouvel usage dominant dans les milieux « spécialisés » était discernable et motivé, il s’imposerait sans peine au grand public. Ce n’est pas celui-ci qui a privilégié « police », mais des spécialistes… Le public, pas contrariant, s’est dit : « Bon, j’adopte… » Nul mépris des usagers « ordinaires » dans mon attitude… Au contraire !
M. G
UILLOU : C’est là où je ne comprends plus, mais alors plus du tout. Si tu prends ce parti pris, c’est que tu mets, toi, un sens précis derrière « fontes » qui n’est pas celui du vulgum pecus.
Non, je n’accorde aucun sens précis à « fontes » dans l’usage contemporain (ce qui ne veut pas dire qu’il soit impossible de lui en donner un, par exemple en l’associant à la notion de glyphe, voir ma réponse à Denis Liégeois), j’évoque (globalement, « indistinctement ») des distinctions effectuées par d’autres… pour montrer qu’elles ne sont pas opérationnelles… qu’elles ne reflètent en rien l’usage des usagers des popolices et des fonfontes.
Ne retenons que deux écoles (y en a d’autres, pas meilleures…). Certains pensent qu’une police (I.T.C. Dugenou) comprend plusieurs fontes (Dugenou ital, demi-gras, gras, S.C., etc.). D’autres pensent qu’une police (Dugenou, Garamond, etc.) renvoie aujourd’hui à plusieurs fontes (Adobe Garamond, I.T.C. Garamond, U.R.W. Garamond, etc.), elles-mêmes subdivisées en je ne sais trop quoi qui correspondrait à la distinction précédente…
Bref, c’est le bordel, en partie engendré par l’obsession de recouper au plus près les catégories floues de la nomenclature anglo-saxonne (type, typeface, fonts, etc.). C’est un jeu à la con. Sans intérêt et promis à brève échéance au désastre.
Ne pas oublier les motivations boutiquières… L’intérêt (surtout pour les « petits électrofondeurs ») de la distinction police/fonte est qu’il faut faire comprendre au client qu’il n’achète pas une police mais des fontes… ce qui revient à dire que pour avoir une police complète il faut casquer plusieurs fois. Je ne critique pas cela, car je n’oublie pas que le premier gonzier venu dispose aujourd’hui (honnêtement, pour quelques milliers de francs, ou illégalement, pour beaucoup moins) d’un éventail de polices qui aurait fait baver d’envie le plus riche des ateliers de composition d’antan… Je réfute uniquement des dénominations foireuses.
M. GUILLOU : « C’est pourquoi j’ai trouvé très intéressante la définition de fonte proposée par Jean-François Porchez. » Quelle était-elle ?
Objet numérique. En gros, un créateur de caractères concevrait et dessinerait des polices, mais il produirait et vendrait des fontes.


II. Faut-il mettre une capitale aux noms de polices ?

À Typographie, le 24 mars 1998.
É. ANGELINI : Faut-il capitaliser certains noms de fontes et d’autres pas ? Et quid des noms de vins ?
Bonne question… Ça fait un bail que j’ai envie de la poser… Il me semble que l’usage d’Ol’ Rand est judicieux : il oppose le nom d’une police particulière (le Cochin) à un terme générique (un — quelconque — garamond). « Le Didot de Machin est un didot, une didone. » Si d’assez bonnes raisons pourraient conduire au bas de casse intégral quand le nom d’une police est celui d’un individu, on imagine mal d’avoir à écrire : « Je n’aime pas l’univers. »
Cela dit… ma religion n’est pas faite (sauf pour le pinard, domaine où de solides traditions font loi…). « Pour l’étiquette de votre pauillac, je verrais bien un didot, par exemple du Bauer Bodoni, caractère qui ne manque pas de corps. »

À F.L.L.F., le 3 décembre 2001.
M. GUILLOU : ??? « Ce ne sont pas des noms communs ! » [dit un autre intervenant au débat]. Si, si.
[…] Je crois me souvenir que l’objet du litige est une série de noms de polices (Times, Courier, etc.) mais j’ai oublié certains de ces noms… et le contexte… or, cela est déterminant, décisif. Enfin… pas tant que ça… car, désolé, je pense que la majuscule, si elle est parfois inutile ou maladroite, ne peut jamais (dans ces cas…) être gravement fautive…
Pinaillons un peu, quand même… Selon les cas et les circonstances (et selon moi… car il n’y a pas ici d’usage dominant et indiscuté), la majuscule s’impose ou non… Quand ils sont employés génériquement, certains noms policiers quoique propres […] abandonnent leur majuscule et se comportent comme des noms communs.
Exemples : « Si tu veux un beau didot, prends le Didot de Linotype… Ce Bodoni est trop gras ! Le Walbaum est un bodoni un peu spécial… Envoie-moi le Garamond Book, oui, celui d’I.T.C… C’est dingue le nombre de mauvais garamonds qui circulent… »
Parfois, impossible de s’en sortir honorablement… Comment composerais-tu ceci ? « Ce salaud nous impose un univers frauduleux ! — Et encore, c’est rien, t’as pas vu son courier ! » Même s’il ne s’agit pas (et pour cause…) de polices nommées Univers et Courier, la majuscule est chaudement recommandée. La première n’améliorera guère la situation (au contraire…), mais la seconde aura un avantage non négligeable…


Ponctuation Astérisque, Barre oblique, Citation, Crochet, Deux-points, Espace, Guillemet, Parenthèse, Point d’exclamation, Point d’interrogation, Points de suspension, Tiret, Virgule.

Après une portion de phrase composée en italique (mots étrangers, titres, etc.), la ponctuation sera composée en romain si elle n’appartient pas à l’élément ainsi mis en évidence : « Quel est le deuxième lied du cycle Die schöne Müllerin ? — Il me semble que c’est Wohin ? »


Surponctuation

Surponctuer consiste à multiplier les signes de ponctuation non fautifs (syntaxe) mais inutiles (syntaxe, expression) ou dommageables (expression). Ne sont pas surponctuées les phrases suivantes :
[« Les formes des signes d’écriture, ne sont pas neutres. »] – Robert E
STIVALS, la Bibliologie. (Mais la virgule est gravement fautive…)
« Claudel a dit quelque chose, sur les cathédrales, qui vaut bien qu’on lise l’Annonce faite à Marie, quoique je ne voie rien à comprendre dans ce drame. » – A
LAIN, « Matière et Forme », Propos. À première vue, les deux premières virgules ne sont pas grammaticalement indispensables. Pourtant, leur suppression modifierait la charge du pronom relatif. Ce redoutable « qui » (quelque chose) deviendrait anodin (quelque chose sur les cathédrales).
Opposer sous-ponctuation et surponctuation est utile mais hélas un peu dérisoire. L’essentiel se joue ailleurs, ou avant. Aujourd’hui, quantité de phrases ne sont pas surponctuées mais regorgent de signes de ponctuation indispensables, car imposés par une médiocre construction. La bonne prose n’est ni surponctuée ni sous-ponctuée, elle est peu ponctuée…
C’était ainsi jadis et c’est « l’une des beautés de la prose française du
XVIIe siècle, je veux dire cet agencement savant, ou, pour donner l’idée de quelque chose de plus vivant, cette savante articulation des parties qui se tiennent si bien toutes ensemble, par le seul jeu des conjonctions, que le secours de la virgule et du point et virgule en devient presque superflu », Brunetière 1880.


Espaces

Les anciens typographes étaient plus souples que les modernes. Ils savaient jouer avec les espaces liées à la ponctuation.
Lefevre 1883 : « On met une espace d’un point avant la virgule, le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation, si la ligne où ils se trouvent est espacée ordinairement ; mais si elle est plus serrée, on se dispense d’en mettre avant la virgule, surtout lorsqu’elle est précédée d’une lettre de forme ronde. Le contraire a lieu, c’est-à-dire que l’on peut augmenter l’espace d’un demi-point avant ces diverses ponctuations, et surtout avant les points d’exclamation et d’interrogation, si la ligne est espacée plus largement. On ne met pas d’espace avant le point qui termine une phrase, ni avant le point abréviatif, ni avant les points suspensifs. »
La virgule a perdu son espace éventuelle. Resquiescat in pace ! En revanche, rien n’interdit de continuer à faire varier les espaces qui précèdent le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation. Aujourd’hui, rares sont les compositeurs qui se donnent la peine de modifier au coup par coup les espaces insécables fixes qui précèdent la ponctuation haute. Dommage, car de très légères modifications — quasi imperceptibles — peuvent éliminer des coupures ou améliorer l’espace justifiante d’une ligne donnée.


I. Sources documentaires

À France-Langue, le 29 mai 1997.
P.-O. FINELTIN